The Vegetarian de Han Kang

Han Kang est un auteur coréen qui m’a été recommandé par une amie coréenne. Je vous avoue que je suis intéressée par la culture coréenne pourtant je n’avais jusqu’ici quasiment pas lu de livre d’auteur coréen. Han Kang a gagné en 2016 « The man booker international prize« . Je ne connaissais pas ce prix mais c’est un prix qui est important pour les auteurs.

« Le prix Booker, créé en 1968, est l’un des plus importants prix littéraires remis annuellement. Seuls les romans de fiction rédigés en anglais sont susceptibles d’être primés; ils doivent être écrits par un auteur vivant.« 

J’ai lu la version traduite en anglais par Deborah Smith (malheureusement je suis incapable de lire le coréen). J’ai acheté le livre pour 13 € à la librairie Shakespeare and company (je vous recommande une petite visite car elle est splendide). On sent que la traduction a perdu un peu de l’essence du texte original mais Deborah Smith a tout de même fait un travail formidable !

« Un classique  moderne magnifique et sombre au sujet de la rébellion, d’érotisme et du corps des femmes ». Voilà le résumé sur le livre. Hum, d’accord, j’étais comme vous assez dubitative, car ce résumé n’explique pas grand-chose…

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« Un des livres les plus extraordinaires que vous lirez jamais. Une nouvelle sur la sexualité et la folie qui mérite tout son succès. » Voilà comment Ian McEwan décrit le livre.

Voilà comment je décrirais l’histoire : une jeune femme au premier abord ordinaire décide un jour de devenir végétarienne à la suite d’un rêve. Son mari et sa famille s’opposent rapidement à cette décision. Les frustrations, les peurs et les désirs de chacun vont rapidement prendre le pas sur sa décision.

Le livre est composé en 3 parties. La première partie « la végétarienne » est écrite nous présentant le point de vue du mari de Kim Yeong Hye, la femme qui décide de devenir végétarienne. La deuxième partie « la marque mongoloïde » nous présente le point de vue de l’époux d’In Hye, la grande soeur de Yeong Hye. La dernière partie « Des arbres en flammes » nous décrit le point de vue d’In Hye la grande soeur de Yeong Hye. Il y a de rares passages où nous avons l’occasion d’entrer les pensées de Yeong Hye, la plupart du temps nous la voyons à travers les yeux de son entourage et cela ne fait qu’attiser notre curiosité.

Les personnages sont : Yeong Hye la femme qui décide de devenir végétarienne sur laquelle se centre l’histoire, In Hye sa grande soeur, leurs parents, M. Cheong le mari de Yeong Hye, Yeong Ho le petit frère de Yeong Hye, l’époux d’In Hye et Ji Woo le fils d’In Hye. Il y a quelques autres personnages mais ils ne sont pas important pour l’histoire.

J’ai eu BEAUCOUP de mal à accrocher à l’histoire. C’est compliqué, parfois long, parfois trop court et très souvent flou. Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas et beaucoup de choses qui m’ont fait réfléchir dans ce livre et c’est pour cela qu’au final je l’ai aimé. Oui, je me suis torturée le cerveau et je me suis sentie bizarre après l’avoir lu. Comme après avoir vu quelque chose que je n’aurais pas du. Comme si on avais levé un voile sur un monde sombre et triste qui aurait du rester caché.

Après avoir fini ce livre c’est simple je suis restée hébétée quelques minutes. Je vous préviens il va y avoir du SPOILER dans cet article donc si vous souhaitez lire ce livre je vous invite à arrêter de lire cet article maintenant.

Je suis donc resté hébétée quelques minutes puis j’ai crié pendant 2 autres minutes en me triturant les cheveux. Et j’ai fini par me lever et par aller secouer mon copain en lui disant « Pourquoi ? Pourquoi ? Explique moi, je t’en supplie explique moi la fin ! ». C’est bien simple si j’avais eu l’auteur sous la main je l’aurais torturé pour comprendre ce qui a bien pu lui passer par la tête en écrivant ce livre. Etais-ce seulement pour le plaisir de torturer l’esprit de ses lecteurs, se jouer de leurs émotions et finir par les laisser dans le doute absolu. Il n’y a pas de réponse à cela.

Ce livre est profond, très profond, très juste, réaliste à un point très dérangeant et complètement surréaliste dans un sens. Chaque mot a un impact sur le lecteur, chaque phrase peut-être relue plusieurs fois sans jamais en saisir ce qu’elle cache car elle peut être interprétée de mille façons différentes.

Première partie

Dans la première partie M. Cheong commence par nous présenter un ordinaire triste mais commun. Un couple marié d’une triste banalité, d’une déception simple. Son point de vue égoïste nous présente une femme simple dont il n’attend rien d’autre. Et puis elle fait un premier rêve qui la marque à jamais, un rêve de sang, de viande, de famille qui pique nique, etc. Car Yeong Hye est bien loin d’être aussi ordinaire qu’elle veut bien le faire croire. C’est au contraire quelqu’un de très complexe, de très sensible, qui jusqu’ici se contrôlait pour rendre cette image que tout le monde attendait d’elle.

C’est aussi pour cela que cette soudaine décision de devenir végétarienne dérange, tout à coup elle sort de ce moule, elle brise sa banalité. Elle prend une décision et agit de façon « anormale » pour son entourage, elle fait preuve de volonté et exprime qui elle est vraiment par cet acte. Non, elle n’est plus juste Yeong Hye la femme de M. Cheong discrète et obéissante, élevée par un père violent.

Sa décision est pourtant extrême, elle perd beaucoup de poids, ne dort plus, mange peu, semble totalement détachée de la réalité. Personne ne la comprend vraiment. Evidemment, M. Cheong fini par divorcer suite à sa tentative de suicide après que son père tente de la forcer à manger de la viande et la frappe comme elle refuse. Sa nouvelle tendance à se balader les seins à l’air car elle se sent plus confortable ainsi dérange aussi…

Seconde partie

La seconde partie est pourtant encore plus dérangeante que ces histoires de rêves sordides et ce détachement total de la réalité. Cette fois-ci c’est un peu comme entrer dans un autre monde. Un monde pourtant plus sordide encore. On nous présente l’époux d’In Hye. Un artiste totalement dépendant de sa femme financièrement. C’est aussi elle qui gère tout ce qui concerne leur fils, à savoir à quoi il sert dans cette famille en réalité… Elle se sent responsable de lui, elle s’imaginait pouvoir l’aider. Un peu comme elle le faisait avec sa petite soeur.

Un jour In Hye demande à son époux de donner un bain à leur fils. C’est alors qu’il remarque que leur fils a encore une marque mongole de naissance.

« La tache mongoloïde également appelée tache mongolique, tache bleue mongolique ou tâche pigmentaire congénitale. Elle est constituée d’une tache de taille variable, de couleur gris-bleu ou gris-marron qui apparaît chez le nourrisson à la naissance ou plus tard, et disparaît dans le courant de l’enfance. située le plus souvent au sommet du pli interfessier... »

In Hye lui annonce que ce n’est rien et que Yeong Hye a peut être même encore la sienne. Et à partir de ce moment il commence  être totalement obsédé par l’image de cette tâche bleue sur les fesses de sa belle-soeur. Sous prétexte de projet artistique il ne cesse d’y penser. Inspiration artistique et désir sexuel vont le tourmenter longtemps jusqu’à ce qu’il finisse lui aussi par se révolter contre la morale imposée inconsciemment par la société.

Il parle de son projet artistique à Yeong Hye qui accepte immédiatement d’être son modèle. L’idée d’être peinte de fleurs sur son corps nue lui plaît. Le fait d’être filmé ne la dérange pas. Elle a dépassé toutes ces idées reçues que ce qu’elle fait peut être perçu comme mal, malsain par certains. Elle est désinhibée. Il fini par atteindre son but se filmer ensemble, nus, recouvert de peintures de fleurs, en train de  coucher ensemble. C’est de l’art pour lui. Pour elle, les fleurs l’aident à ne plus avoir de cauchemars, la protègent, l’excitent. In Hye les découvrent le lendemain.

Troisième partie

Dans la troisième et dernière partie nous avons le droit au point de vue d’In Hye. Elle paraît semblable à M. Cheong. Elle paraît normale et cherche à avoir une vie normale. Elle n’attend pas grand-chose de la vie à vrai dire. Cette dernière partie est sombre, triste, troublante. Petit à petit ce personnage nous laisse découvrir une à une des facettes qu’elle cache, contrôle et dénie. Nous la voyons désemparée face à l’état de sa soeur. Nous la voyons douter, qu’est-ce qui est réel qu’est-ce qui ne l’est pas. Doit-elle croire sa soeur ou la réalité, ce que les gens pensent, ce que les docteurs lui disent… Que faire quand sa propre notion de réalité vacille et s’estompe et qu’elle aussi commence à faire des rêves…

Les dernières pages de ce livre sont les plus déstabilisantes, c’est pourquoi il faut s’accrocher jusqu’au bout. In Hye et Yeong Hye sont soeurs. Toutes deux font des rêves qui visiblement les marques profondément. L’impact de ces rêves sur Yeong Hye est dramatique d’un point de vue extérieur. Qu’est-ce qui les différencie au final ? Peut être le fait qu’In Hye est mère, pour son enfant elle s’accroche à la réalité, à son sens des responsabilités. Peut être que ce n’est que le début de la fin d’In Hye aussi. Etais-ce un rêve ou étais-ce autre chose ? Nous ne savons pas. Et c’est là toute la subtilité du livre.

Est-ce que ce livre n’est que l’histoire d’une femme qui décide de devenir végétarienne car elle a la sensation d’avoir mangé trop de viandes, qu’elle a la sensation que toutes ces vies se sont logées dans son corps et forment une tumeur qui la ronge. Une femme qui a la sensation que personne ne peut l’aider, la sauver, la faire respirer et surtout la comprendre et la laisser libre d’agir comme elle le souhaite. Est-ce que ce livre n’est que l’histoire d’une femme qui devient folle et qui s’imagine devenir un arbre et qu’on empêche de réaliser son souhait ? A vous de décider !

Bonne lecture !

 

 

 

 

Le monde de l’édition au Japon

J’ai toujours été fascinée par les cultures asiatiques. Récemment j’ai lu 1Q84 d’Haruki Murakami et cela m’a poussé à enquêter un peu sur le monde de l’édition au Japon et la littérature japonaise. La culture japonaise fait d’ailleurs de plus en plus rêver la France : nous mangeons japonais, nous pratiquons le cosplay et nous lisons des mangas !

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L’édition au Japon : Un monde très fermé
Le marché de l’édition au Japon est dominé par 4 grands groupes. En effet, ceux-ci détiennent près de 3,5 milliards d’euros du chiffre d’affaires du marché. Kodansha, qui appartient au conglomérat Dai-Nippon Yubenkai, reste l’établissement le plus prestigieux et le plus ancien de l’archipel. Kodansha, Shogakukan, Shueisha et Kadokawa Shoten sont les 4 noms de maisons d’édition à retenir lorsqu’il est question du Japon. Toutes sont surtout connues en France grâce aux mangas qu’elles publient, mais elles publient pourtant aussi bien des œuvres littéraires, que des livres de cuisine et des dictionnaires. Elles font souvent partie d’un conglomérat (multitude d’entreprises diverses, généralement liées entre elles par des liens financiers), ce qui leur permet de posséder des parts de marché dans un large panel de secteurs et d’entreprises. Par exemple Kodansha détient de nombreuses parts de chaînes de télévision japonaise.

Aujourd’hui, ce sont ces grands groupes qui dominent le monde de l’édition et façonnent la littérature japonaise de demain.

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Kodansha : Le 1er éditeur japonais
Créée en 1909, Kodansha est surtout connue hors du Japon comme un éditeur de manga mais elle publie également des œuvres littéraires et des livres aussi variés que des livres de cuisines, de photographies, d’arts martiaux, des atlas et même des dictionnaires. Son slogan est : «Être intéressant et salutaire» et son revenu annuel dépasse les 200 milliards de yens (environ 1,5 milliard d’euros). Toutefois, la récente récession japonaise et le déclin de l’industrie de l’édition l’ont impacté. La compagnie est en train de se faire rattraper par le 2nd plus grand éditeur japonais : Shogakukan. Cependant, cela n’empêcha pas Kodansha de fonder en 2008 une filiale aux États-Unis pour y diffuser plus facilement ses mangas. D’autre part, la compagnie possède des parts dans un large panel de chaînes de télévision japonaise.

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Shogakukan : Son concurrent le plus féroce
Fondée en 1922, elle a créé la maison d’édition Shueisha en 1925, qui a elle-même créée la maison d’édition Hakusensha en 1973. Ces entreprises désormais indépendantes forment aujourd’hui, avec une dizaine d’autres maisons d’édition,  l’Hitotsubashi, l’un des plus grands acteurs du marché de l’édition au Japon. C’est un conglomérat formé d’une multitude d’entreprises diverses, généralement liées entre elles par des liens financiers. Elle est plus focalisée sur les mangas que Kodansha, même si elle reste une maison d’édition généraliste. En effet, en France les mangas de Shogakukan sont édités par des éditeurs comme Pika Édition, Kana ou Kazé. Grâce à l’Hitotsubashi, elle est également propriétaire des labels Kazé, KZplay, KZTV2.

La littérature japonaise : Un patrimoine très ancien
La littérature japonaise s’étend sur une période d’environs 20 siècles d’écrits. Les 1ères œuvres sont fortement influencées par la littérature chinoise, mais la politique d’isolement jusqu’au XIXe siècle a permis le développement de formes littéraires uniques. On identifie 3 périodes distinctes : la période ancienne (antérieure au XIIe siècle), la période médiévale (du XIIe au XIXe siècle) et la période moderne (fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours). Lors de la période ancienne, les thèmes sont la vie, l’amour et les passe-temps des nobles à la cour. À l’époque médiévale, les récits sont influencés par le bouddhisme zen. Tandis qu’aujourd’hui, la littérature combine les influences existentialistes des anciens écrits zen et les réalités du monde actuel, exacerbant ainsi le sentiment d’aliénation ressenti par les auteurs.

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La poésie au Japon
La poésie est très ancienne et a eu une place importante au Japon. Les 1ères traces que l’on trouve datent du début du VIIIe siècle. Il existe différents styles de poésie classique japonaise : le haïku, le choka (un poème long), le tanka (poème court), le sedōka (poème à reprise) et le renga (poésie en chaîne). On trouve facilement des compilations rassemblant les meilleurs poèmes de l’époque. Fujiwara Akiko, Takashi Hiraide et Toshiko Hirata sont quelques-uns des poètes les plus célèbres de la littérature japonaise. Les plus célèbres compilations de poésie sont le Man’yōshū, qui inclut également de la poésie chinoise, le Kokin wakashū, le Shin Kokin Wakashū et le Hyakunin isshu.

La littérature japonaise d’aujourd’hui
Il y a un dynamisme, une très grande diversité et une grande richesse dans la littérature japonaise actuelle, avec des écrivains et des tonalités très différentes. Par exemple, Kawakami et ses livres d’une grande poésie, qui parlent de rencontre, tout en délicatesse n’a rien à voir avec l’univers plus violent de Ryu Murakami ou encore celui d’Haruki Murakami qui, lui, nous entraîne dans un monde beaucoup plus poétique et fantastique. En effet, au Japon les écrivains laissent souvent place au fantastique, à la poésie et à l’irréel dans leur fiction. Les caractéristiques générales de la littérature japonaise sont un certain sens du détachement, l’isolement, l’éloignement et bien souvent le héros échoue dans ses efforts.

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Quelques classiques de la littérature japonaise
– Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu : écrit entre 1 005 et 1 014 par une femme, ce livre retrace les mille et une intrigues politico-amoureuses de la cour de Heian.

Notes de chevet de Sei Shônagon : également rédigé par une femme, vers l’an 1 000, elle y décrit la civilisation Heian. Sa prose enchanteresse est souvent comparée dans son pays, à la fleur rose du cerisier.

Le haïku : cette forme poétique est au Japon un véritable exercice spirituel. Concentré en 3 vers : 5, 7 et 5 syllabes qui s’enchaînent pour créer la perfection et traduire l’âme même du Japon.

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